Ulysse, le vingt-cinquième chant Mercredi 14 décembre, 2011

tanger67

En préambule, une question simple : Pourquoi Ulysse ? Alors que le panthéon de la littérature et des mythes grecs regorge de héros : Jason et les Argonautes, Thésée et la toison d’Or… Pourquoi la figure mythologique d’Ulysse conserve encore aujourd’hui une étonnante modernité 

 

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 C’est la question centrale de ce projet – photographique et sonore : s’interroger sur la contemporanéité de ce héros, au travers de parcours, d’errances, de quêtes personnelles… Ulysse le vingt-cinquième chant est une réinterprétation actuelle du mythe, partant du texte bien évidemment, mais aussi au travers de la mémoire du bassin Méditerranéen, dans un va et vient permanent avec lhistoire de cet espace maritime : Subsahariens, Juifs de Thessalonique, Arméniens de Marseille… Il ne s’agit bien évidemment pas de transposer le monde homérique dans le monde contemporain mais de porter un regard sur ce dernier à travers le prisme du texte de l’Odyssée, afin que le mythe ne meurt jamais, celui d’une philosophie de l’homme face à son destin, face à la violence et la souffrance, l’errance et le voyage. Je propose de rythmer ce travail documentaire photographique par une série d’entretiens, 24 au total, autour de la question de l’errance. Car, comme le fait remarquer Pierre Carlier (Homère, Fayard, Paris, 1999), L’Iliade et L’Odyssée sont les héritières d’une longue tradition d’improvisation orale.

Ulysse arrive jusqu’à nous avec autant de modernité c’est parce que la question centrale du texte reste universelle et intemporelle : un marin errant dans un cadre géographique, en l’occurrence l’œcoumène, le monde connu pour les Grecs, en proie à un combat singulier, celui du retour à sa terre. Les épisodes d’Ulysse deviennent alors des bornes, des repères, que l’on peut franchir à sa guise pour raconter cette histoire de voyageur errant. 

« Cyclope, tu t’enquiers de mon illustre nom. Eh bien, je répondrai : mais tu n’oublieras pas le don promis ! Je m’appelle Personne, et Personne est le nom que mes parents et tous mes autres compagnons me donnent. »

Homère, L’Odyssée, Chant IX, vers 364-369

Ulysse poursuit un périple autant qu’il réalise un voyage intérieur.

Le chant des sirènes résonne désormais sur les ondes cathodiques ou radiophoniques et la caméra de vidéosurveillance remplace le cyclope. Ulysse, Le vingt-cinquième chant, propose de suivre le parcours – présumé – du héros grec, à travers la Méditerranée. Images noir et blanc et couleur se mêlent pour agir comme une échelle de temporalité, dans un rapport constant à l’histoire, à la mémoire, de ces flux individuels et collectifs qui ont façonnés l’espace méditerranéen.

«Vous trouverez le lieu des errances d’Ulysse lorsque vous trouverez le corroyeur qui cousit l’outre des vents » Ératosthène, IIIe siècle avant notre ère.

Sites historiques antiques côtoient ainsi des lieux plus contemporains, dans un jeu de va-et-vient permanent entre le texte, l’histoire et le monde actuel. Jean Pierre Vernant montre ici la voie :

« le mythe n’est vivant que s’il est encore raconté de génération en génération ». Qu’importe l’exactitude scientifique, le voyage continue, à l’infini.