Le quai de l’oubli Projets personnels |

Prestige, Erika, Ievoli Sun, Amoco Cadix, de tristes noms pour la mémoire maritime mais qui font malheureusement trop souvent oublier le sort de ceux qui travaillent à bord.

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L’histoire de l’Alliance est à ce titre un exemple significatif du climat d’exploitation qui peut règner dans le milieu de la marine marchande sous pavillon de complaisance. Ce vraquier battant pavillon chypriote se retrouve bloqué dans le port de Saint Nazaire pour des créances impayées. Avec à son bord 7 hommes d’équipage le navire va devenir une prison flottante pour l’un d’entre eux : Séverino Moraïs. Ce Cap Verdien de 60 ans, va accepter de rester seul à bord pour protéger le navire des rôdeurs et des vandales. Son calvaire va durer un an et demi, jusqu’à ce qu’il puisse retrouver son foyer, avec une maigre partie des quatorze mois d’arriérés de salaires qui lui sont dus et sans avoir touché la moindre compensation pour son travail de gardiennage effectué en attendant la revente du navire.

Des contrats peu ou pas existant, des conditions de travail pénibles, les exemples ne manquent pas dans un secteur maritime ou 60 % de la flotte mondiale est sous pavillon de complaisance. Florenz, Edoil, Alliance, Star One, Kalifeh One, Han, Victor… le nom des navires abandonnés et leurs équipages s’égrainent comme une longue litanie. Depuis 1997, une cinquantaine de cas de navires abandonnés a été recensée rien que sur le territoire français. Mais ce chiffre ne reflète pas forcément la réalité tant les exemples non comptabilisés s’accumulent le long des quais des ports français. Que ce soit les conditions de travail, les perpétuels arriérés de salaires ou tout simplement la sécurité à bord des navires, un tiers des marins de la flotte mondiale travaille dans des conditions plus que précaires.

L’Alliance quant à lui a fini par reprendre la mer, avec un nouvel équipage, le même armateur peu scrupuleux pour finir peut être par echouer dans un autre port de la planète, encore un fois à l’abandon.