DétroitS Lundi 07 mai, 2012

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A l’occasion de l’exposition au Centre Atlantique de la Photographie à Brest (jusqu’au 30 juin) et la sortie du livre Détroits aux Editions Le bec en l’air, un auteur invité vient, chaque semaine, donner sa vision du détroit.

Cette semaine, Nora Mareï, géographe, doctorante à l’université de Nantes, accompagne l’exposition au Centre Atlantique de la Photo (vernissage le 11 mai).

Passage resserré entre deux côtes mettant en communication deux mers, le détroit est un espace de rencontre terre-mer particulier. Il est à la fois un espace de rupture, de rencontre, de passage, d’arrêt, mais aussi un nœud, un carrefour, une porte, un seuil.

D’une mer à l’autre, il est un espace de communication. Cette fonction est stratégique et ses enjeux s’évaluent à l’échelle mondiale pour les grands détroits internationaux. Ces derniers dessinent les routes maritimes puisqu’ils en sont les passages obligés. Avec les canaux interocéaniques (canal de Suez et de Panama), ils évitent le contournement de l’Afrique ou de l’Amérique du Sud. Ils permettent donc un gain de temps précieux pour la navigation. Le temps étant de l’argent, ils ont un rôle incontesté dans la mondialisation de l’économie puisque cette dernière ne pourrait connaitre son ampleur actuelle sans les échanges maritimes (80% du fret mondial est transporté par mer).

D’une terre à l’autre, le détroit est une rupture, une discontinuité. Parfois presque rien ne passe entre les deux rives, et d’autres fois, les liens sont intenses et historiques. Aujourd’hui, le trafic de passagers, souvent très dense, est le meilleur vecteur du lien entre les deux terres. Ce lien peut également prendre d’autres formes, contrebande, drogue, trafic d’immigrés clandestins, et milles autres flux en tous genres s’insinuent parfois entre les rives. En effet, certains détroits véhiculent des mythes, les littoraux étant à une distance relativement faible l’un de l’autre. D’Europe voir l’Afrique ou l’Asie invite au voyage pour certains, à la traversée clandestine pour d’autres. Le jeu des frontières internationales et des barrières douanières peut également inciter certains au commerce interlope.

Pas de Calais- Gibraltar-Øresund-Bosphore

Les quatre détroits présentés dans l’exposition de Sébastien Sindeu sont des espaces où le lien d’une terre à l’autre est scellé par un trafic transverse de passagers de plusieurs millions de personnes par an. L’Øresund et le Bosphore sont au cœur d’un trafic métropolitain, entre Copenhague et Malmö pour le premier, entre les deux rives stambouliotes pour le second. Le Pas de Calais et Gibraltar accueillent un intense trafic international de passagers et de marchandises. Excepté Gibraltar, ils sont aujourd’hui tous traversés par un lien fixe (pont et/ou tunnel). Ces infrastructures n’ont pas rompu le trafic maritime transverse même si elles en ont parfois modifié la nature. Par exemple, sur le Pas de Calais, les passagers passent aujourd’hui davantage par le tunnel que par la mer qui reste toutefois le domaine du trafic de marchandises. Sur le détroit de Gibraltar, le projet d’unir les deux rives  par un lien fixe est ancien. Le premier projet voit le jour en 1869 et au cours des décennies 1980 et 1990 des études de faisabilité ont été réalisées. Mais cette union euro-africaine prête encore à controverse, à l’heure d’une Europe de plus en plus protectrice à l’égard de ses frontières extérieures.

Enfin, l’intensité et la nature du trafic d’une mer à l’autre permet de les classer en deux catégories. Le Pas de Calais et Gibraltar sont des grands détroits internationaux, près de 100 000 navires les franchissent chaque année afin de gagner un des grands ports de la route maritime entre Rotterdam et Shanghai. L’Øresund et le Bosphore sont quant à eux des détroits à vocation plutôt régionale.

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Nora Mareï est géographe à l’université de Nantes, au sein du laboratoire Géolittomer, elle achève une thèse sur le Détroit de Gibraltar. Elle a déjà publié à plusieurs reprises sur les questions maritimes et portuaires, notamment dans le cadre de l’ISEMAR et présenté son travail dans de nombreuses conférences internationales.