Détroit du Bosphore Dimanche 14 août, 2011

A bord d'un ferry en direction de la Mer Noire.

Détroit du Bosphore : n.m. En grec : Bosporos (« le gué de la vache »[1]) ; en turc : Karadeniz Boğazi (détroit de la mer Noire). Détroit qui sépare, en Turquie, les continents européen et asiatique et fait communiquer la mer Noire et la mer de Marmara. Le centre historique d’Istanbul est situé à l’extrême sud de la rive européenne. Les deux rives sont désormais urbanisées jusqu’à 5 km de la mer Noire et reliées par deux ponts suspendus. (d’après Le Petit Robert des noms propres).

Longtemps, le Bosphore est demeuré une porte difficilement franchissable pour les navires en direction ou en provenance de la Mer Noire. La première raison tient aux conditions de navigation, rendues très périlleuses en raison des brouillards fréquents, des courants contraires, des vents violents et de la sinuosité du détroit. La seconde raison tient à la mainmise durant plusieurs siècles des Ottomans sur la région, qui en avaient fermé l’accès. Il faut attendre le traité de Lausanne de 1923, puis la convention de Montreux de 1936, pour que soit libéralisé le passage des navires. Si les bateaux de commerce jouissent d’une liberté de passage et de navigation totale, ces dispositions étaient toutefois, et restent, contraignantes pour les navires de guerre.

Aujourd’hui encore, le détroit, principale voie d’acheminement des ressources énergétiques russes, et notamment pétrolières, vers l’Occident, demeure un enjeu géopolitique et économique majeur. Cette situation a entraîné une explosion du trafic (12 000 navires en 1980, 50 000 en 2002). Chaque jour une longue file de pétroliers russes ou ukrainiens attendent patiemment leur tour de passage. Conjugué aux risques que présente la navigation, ce trafic fait du Bosphore un des détroits les plus pollués et les plus dangereux au monde, et ce d’autant que la convention de Montreux n’a pas rendu obligatoire le pilotage et le remorquage.

Des accidents se produisent ainsi régulièrement, le plus grave ayant eu lieu le 15 novembre 1979 entre un tanker roumain et un cargo grec, faisant 43 morts. En 1994, un pétrolier grec a heurté un navire, causant le décès de quinze marins et déversant 100 000 tonnes de pétrole dans le détroit. Cet événement décida le gouvernement turc à édicter unilatéralement en 1994 un « Nouveau règlement des détroits » et à exercer un contrôle plus strict des bateaux transportant des matières dangereuses. Face aux multiples protestations que cela a suscité, la Turquie a dû publier un nouveau règlement en 1998. Depuis, Moscou s’est lancé dans un projet de construction d’un oléoduc contournant la Turquie, afin de réduire sa dépendance vis-à-vis d’Ankara.

Un autre élément marque la spécificité du Bosphore : sa densité urbaine. Istanbul, mégalopole de plus de 12 millions d’habitants, s’étale le long des deux rives du Bosphore et en fait une des zones à densité urbaine les plus importantes au monde et le plus urbanisé des détroits. Pour relier les deux rives, deux ponts suspendus ont été mis en service. Un tunnel ferroviaire doit compléter le dispositif à partir de 2012 ou 2013.

[1] La vache à laquelle fait référence le nom est Io, prêtresse de la mythologie grecque, amante de Zeus, que ce dernier avait transformée en génisse pour échapper aux foudres de sa femme, Hera. Celle-ci ne fut pas dupe et pour se venger la fit poursuivre par un taon chargé de la piquer sans cesse. Dans sa fuite, Io traversa le détroit.

Pour en savoir plus :

Bazin Marcel, Pérouse Jean-François, « Dardanelles et Bosphore. Les détroits turcs aujourd’hui », Cahiers de géographie du Québec, Volume 48, numéro 135, décembre 2004, pp. 311-334.

Tolga Bilener, « Les détroits, atout stratégique majeur de la Turquie », AFRI, volume 8, Paris, 2008.

Revue la Pensée de midi, « Istanbul ville monde », Edition Acte Sud, Marseille, 2010.