Détroit de Gibraltar Lundi 15 août, 2011

A bord d'un ferry en direction d'Algésiras.

Détroit de Gibraltar : n.m. Le nom vient d’une déformation de l’arabe Jabal Tāriq (« montagne de Tarik »1). Bras de mer de 15 km séparant l’Europe de l’Afrique, l’Atlantique de la Méditerranée. C’est une importante voie de passage qui abrite de nombreux ports (Algesiras et Tarifa en Europe, Ceuta et Tanger en Afrique).

Porte de la Méditerranée et de l’Océan atlantique, carrefour entre l’Europe, l’Afrique, mais aussi l’Asie, via le canal de Suez, le détroit de Gibraltar est un axe particulièrement important du commerce maritime mondial. Sa place s’est encore trouvée renforcée avec le développement, depuis le milieu des années 80’s, d’une route de navigation directe entre la côte est de l’Amérique du Nord et l’Asie, porté par la mise en service de nouveaux porte-conteneurs, tels les « overpanamax », dont le gabarit est supérieur à celui des écluses du Canal de Panama. La croissance de ses ports, et notamment d’Algésiras, deuxième hub à conteneurs d’Europe, et de Tanger, Med, témoigne de la vitalité des échanges dans la zone.

Cette position fait de son contrôle et de sa surveillance un enjeu géopolitique et stratégique majeur, qui attise depuis longtemps les convoitises. En attestent l’implantation espagnole sur la côte marocaine, à Ceuta et à Melilla, au XVe siècle, ou celle du Royaume-Uni sur le rocher de Gibraltar au XVIIIe. Aujourd’hui encore, de vives tensions opposent les pays riverains du détroit. Maroc et Espagne se disputent ainsi la souveraineté de l’Îlot du Persil, un bout de terre inhabité à quelques kilomètres de Ceuta.

Les tensions dans la région viennent également d’une autre caractéristique de ce détroit : le fait qu’il constitue une des frontières les plus inégalitaires au monde, entraînant de nombreux trafics de contrebande, notamment autour de Ceuta, mais surtout une forte pression migratoire. Devenu depuis le début des années 1990 un des principaux points d’entrées illégales dans l’espace Schengen, il est le théâtre de nombreux drames, comme les assauts sur les grillages de Ceuta et Mellila en 2005 ou les naufrages des pateras[2] dans leur tentative de traversée.

Le nombre de morts est impossible à déterminer mais certaines ONG estiment que 20 à 30 000 personnes auraient péri au cours des vingt dernières années. Pour se protéger de cette immigration dans le détroit, l’Union européenne a multiplié les outils juridiques et techniques, investissant pour ce faire des dizaines de millions d’euros. Si, elle semble aujourd’hui avoir trouvé une solution dissuasive avec le Système intégré de surveillance extérieure (SIVE), qui s’appuie sur des technologies ultrasophistiquées et des unités terrestres, maritimes et aériennes, et a entraîné une très forte baisse des flux illégaux, elle n’a fait que pousser les candidats à l’exil vers d’autres routes, plus longues, et encore plus dangereuses.

1 Gouverneur musulman de Tanger, Tāriq ibn Ziyād commanda les troupes musulmanes lors de la conquête de l’Espagne au VIIIème siècle. Il débarqua à Gibraltar en 711, battit le roi Rodrigue et pris Tolède en 714.

[2] Embarcations de fortune

Pour en savoir plus :

Zakia Daoud, « Gibraltar croisée des mondes », Éditions Séguier Atlantica, Paris, 2002.

Jean Claude Lasserre, « Le Pas-de-Calais et le détroit de Gibraltar Quels enjeux géopolitiques ? », Revue Etudes Internationales, volume 34, n°2, juin 2003, p.195-212.

Frédéric Lasserre, « Les détroits maritimes. Réflexion sur des enjeux stratégiques majeurs », Cahiers de Géographie du Québec, Volume 48, n°135, p.279-286, décembre 2004.

Le Boedec Guillaume, « Le détroit de Gibraltar. Les limites d’un espace modèle de la lutte européenne contre les migrations irrégulières », EchoGéo, numéro 2, septembre 2007.

Nora Marei, « Enjeux maritimes et portuaires du détroit de Gibraltar », publication de l’ISEMAR, note de synthèse n°105, mai 2008.